Oppression ( L’anti )
Irène Pereira

L’anti-oppression constitue une conception de l’anarchisme née en particulier en Amérique du Nord à partir des années 1990.

Anti-autoritaire et anti-oppressif

L’anti-oppression incorpore à l’anarchisme des composantes qui proviennent du féminisme, des mouvements queer et anti-racistes politiques. L’anti-oppression comme courant de l’anarchisme entretient une proximité avec les analyses produites autour du féminisme intersectionnel, du queer of colors ou de la pensée décoloniale.

A la différence de la conception anarchiste classique, les approches anti-oppressives considèrent qu’il ne suffit pas qu’un collectif fonctionne de manière horizontal pour éliminer les rapports sociaux de pouvoir.

En effet, même des collectifs où s’applique la démocratie directe peuvent reproduire des rapports sociaux de pouvoir par exemple dans la répartition de la parole entre hommes et femmes. Ainsi, on peut qualifier d’anti-autoritaire, la conception classique de l’anarchisme. Elle vise à éliminer les formes de pouvoir vertical.

L’anti-oppression s’intéresse plus particulièrement à des formes de rapport de pouvoir qui sont à première vue moins visibles car demandant une objectivation sociologique par exemple en comptabilisant les temps de parole, en analysant la division des tâches militantes ou encore en comptabilisant le temps passé sur les différentes tâches en fonction du sexe, de la classe sociale ou de l’origine migratoire.

La pédagogie anti-oppressive

La pédagogie anti-oppressive se distingue de la pédagogie libertaire. Cette dernière vise avant tout une critique du rapport autoritaire du maître sur la classe. La pédagogie libertaire organise l’autogestion de la salle de classe.

La pédagogie anti-oppressive vise à l’inclusion de l’ensemble des participantes et participants en luttant contre les micro-violences et les micro-agressions, en veillant à éviter la reproduction des rapports sociaux de classe, de sexe et de racisation dans le cadre des pratiques d’enseignement.

L’oppression : niveau micro-social et macro-social

L’anti-oppression essaie d’agir à deux niveaux. Le premier niveau est celui des interactions inter-personnelles dans les collectifs militants pour les rendre plus inclusifs à l’ensemble des personnes appartenant à des groupes socialement opprimés.

Le deuxième niveau, c’est la lutte au niveau macro-social contre les rapports sociaux systémiques de classe, de sexe, de genre, de sexualité, de racisation… Dans ce cas, l’approche anti-oppressive vise à développer des politiques de coalitions reposant sur la reconnaissance mutuelle par les différents groupes opprimés des oppressions qu’ils vivent.

Irène Pereira


Bibliographie :

Breton Émilie, Jeppesen Sandra, Kruzynski Anna et Rachel Sarrasin, « Les féminismes au cœur de l’anarchisme contemporain au Québec : des pratiques intersectionnelles sur le terrain », Recherches féministes, volume 28, n° 2, 2015, p. 199–222 (1re éd. en anglais en 2012). URL : https://www.erudit.org/fr/revues/rf/2015-v28-n2-rf02280/1034182ar/

Sarrasin Rachel, Kruzynski Anna, Jeppesen Sandra et Émilie,Breton, « Radicaliser l’action collective : portrait de l’option libertaire au Québec », Lien social et Politiques, n° 68, automne 2012, p. 141-166. URL : https://www.erudit.org/fr/revues/lsp/2012-n68-n68/1014809ar/www.crac-kebec.org/files/comic_on_sexuality_2010.pdf

Fortier Ashley, Kruzynski Anna, Leblanc Jacinthe, Newbold Leah, Pirotte Magaly et Coco Riot, « Questionnements sur la compréhension de militantEs libertaires Queer et féministes au Québec à l’égard du Nous femmes et de la non-mixité : recoupements et divergences », Cahiers de l’IREF (UQAM), n° 19, 2009, p. 23-32. URL : http://bv.cdeacf.ca/CF_PDF/56673.pdf#page=25