Violence. (Langage et )
Dominique Morel

Cet article fait partie d’un ensemble de quatre articles : - 1-Corrélats et autres choses - 2- Histoire du concept - 3-Le concept de violence- 4- Langage et violence


Le discours sur la violence tourne vite « au jeu de langage ». La philosophie analytique le démontre en radicalisant le nominalisme. Si je possède un ou des livres, le concept de livre n’est pas, pour autant, dans ma bibliothèque. Autrement dit la signification d’un mot « est son emploi dans le langage ». En fin de compte l’usage prime sur le sens.

Ceci sous-entend une convention publique, un livre est bien un livre, un chat un chat etc., retour dramatique à la tautologie et à la métaphorisation des arguments. Se pose, alors, le redoutable problème de la traduction comme nous le verrons avec Gewalt. Le mot violence est donc un mot fourre-tout, la multiplicité des acceptions brouille les pistes, le pluriel violences élargit certes l’horizon, mais un pluriel n’est pas un concept, mais juste une reconnaissance de ressemblances.

L’indexation est une violence,

Ce qui rend caduque les tentatives de « théorie de la violence » ou tout « traité de la violence » qui, nous ne le répéterons jamais assez, se réduisent à du catalogage et à de la classification imitant les naturalistes ou la méthode Dewey. L’indexation est une violence, un viol du concret aux contours toujours mouvants, un formatage qui ouvre la voie au réductionnisme à l’origine de l’I.A (intelligence artificielle), la prolifération des data fait masse, le fantasme de totalisation, cher à Hegel et ses affidés, trouve enfin sa concrétisation. (C’est un autre sujet).

Le concept de violence n’apporte pas vraiment de compréhension satisfaisant aux violences, ni à ses négations (a-violence, contre-violence, non-violence). Pour rester dans la logique du concept, il faudrait forger un néologisme violance (au modèle de la différance derridienne). Mais il ne s’agit pas de déconstruire, le terme violænce permettrait de sortir de l’impasse de la déconstruction labellisée et de tenter une théorie de la violænce.

Toutefois, comme le souligne Yves Michaud dans Violence et politique (Gallimard, 1978) : « les flottements et finalement l’indéfinissabilité de la violence constitue positivement son concept » (p. 24).