Impact sur le système de santé de l’Afrique Subsaharienne
Impérialisme - Patriarcat - Capitalisme - Afrique
Natacha TALLAIRE
Article mis en ligne le 25 octobre 2020
dernière modification le 15 novembre 2020

" Le drame de l’Afrique » vient du fait que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. […] Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance. […] Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès  ». Nicolas Sarkozy 2007 Dakar

En bon impérialisme blanc et riche, Sarkozy dit tout haut ce que les puissances coloniales pensent de l’Afrique. Entre mépris, arrogance et racket orchestré par les multinationales, les populations sont exploitées et laissées dans le dénuement le plus total.

Impérialisme - Patriarcat - Capitalisme - AfriqueLe capitalisme
Tout s’achète et tout se vend ! Cela s’appelle la loi du marché et c’est elle qui est supposée nous rendre libres. Libres de quoi ? La notion de biens communs et d’intérêt général n’existent pas dans le langage capitaliste. Tout est sujet à devenir une marchandise monnayable, même la santé. Nous sommes toutes et tous sous la coupe d’un système où l’humanisme a disparu au profit des bénéfices. il faut faire des bilans et du chiffre !

Nous sommes sous la coupe d’un système où l’humanisme a disparu au profit des bénéfices

Qu’importe les moyens employés et les conséquences sur les êtres humains et la planète.

Dans son infinie bonté, le système capitaliste a créé en 1946, l’Organisation mondiale de la Santé ou OMS pour les intimes. Cette dernière serait garante de notre bien-être physique, psychique et social, quel que soit notre pays, notre sexe, notre religion, etc.

La pandémie due à la COVID 19 vient confirmer que cet organisme, dirigé par les dominants, est un fabuleux écran de fumée.

L’accès à des soins indispensables et gratuits est à des lustres d’être garanti, d’autant plus si on est une femme. Pourtant la santé est un droit fondamental pour chaque être humain.

Durant la pandémie, la fortune des milliardaires étatsuniens a augmenté de 282 milliards de dollars [1].

A contrario, 780 millions d’êtres humains subissent encore l’extrême pauvreté selon les Nations unies. 85 % des personnes vivant en-dessous du seuil de pauvreté vivent en Afrique subsaharienne. Le manque de structures médicales et de médicaments, les soins coûteux, les lois religieuses et patriarcales, l’isolement social… font que de nombreuses filles et femmes africaines ne peuvent pas se soigner, respecter leur hygiène corporelle ou recevoir des soins.

Charité bien ordonnée commence par soi-même, dit-on ! Les classes dominantes ont fait de cet adage leur leitmotiv.

Laissons les ONG, financées par les dons, œuvrer en Afrique tandis que les milliardaires bronzent sur leurs yachts.

L’impérialisme

L’Afrique subsaharienne connaît une légère accélération de sa croissance, qui passe de 2,8 % en 2017 à 3,4 % en 2018, selon la dernière édition des Perspectives économiques régionales pour l’Afrique subsaharienne publiées par le FMI.

En 2018, toujours selon les taux de change officiels, le pays ayant le PIB le plus élevé du continent est le Nigeria avec 375,771 milliards de dollars et le pays ayant le PIB par habitant le plus élevé est la Guinée équatoriale. (Source Wikipédia)

L’Afrique est un continent riche possédant des ressources minières, agricoles et pétrolifères.

Mais celles-ci sont volées par les multinationales étrangères (multinationales implantées en Afrique : le groupe Bolloré, Orange, Cotecna, Air France, Areva, les tenants de la grande distribution que sont Wall Mart, Leader Price, les banques (Société générale, Eximbank, Banque populaire… source ; art de Afrique expansion 27 mars 2018) (Photo pillage des richesses)

Pour protéger les intérêts financiers de ces trusts, la France, entre autre, déploie ses troupes armées. De Djibouti au Sénégal en passant par le Tchad, le Mali et le Gabon, la France quadrille le continent du Sahel à la Corne de l’Afrique. ( photo redéploiement de l’impérialisme).

La dette publique

Pour enrichir les banques privées et sous pression du FMI, au cours de la période 2010-18, l’endettement public en Afrique subsaharienne a progressé de moitié en moyenne, pour passer de 40 à 59 % du PIB, faisant du continent le champion de l’accumulation de la dette, loin devant d’autres régions en développement

Plus il y a de dette publique et de pillage de richesses, moins il y a d’argent pour investir dans des infrastructures sanitaires qui permettraient d’apporter des soins de qualité à la population.

Dans n’importe quel pays du monde, la dette publique est illégitime. Elle sert uniquement à payer des intérêts aux banques privées. Quand les bourses s’effondrent car certains ont trop boursicoter ou spéculer, l’argent public est alors utilisé pour combler les déficits financiers. Nous payons une soi-disant "crise" qui n’est pas de notre fait mais de la responsabilité de la Finance.

Santé à deux vitesses et évasion fiscale en Afrique Subsaharienne


«  Les pauvres voient le droit à la santé leur échapper et les personnes essayant de sortir de la pauvreté sont écrasées par des frais de santé d’un niveau inacceptable. Les 1 % les plus riches bénéficient de soins à la pointe de la science, alors que les pauvres luttent rien que pour avoir accès aux soins de base », a déclaré la Directrice exécutive de l’ONUSIDA, Winnie Byanyima. en 2020.
« Un secteur de la santé financé par des fonds publics est le meilleur moyen de réduire les inégalités sociales », a indiqué Mme Byanyima. « Lorsque l’enveloppe allouée au secteur de la santé est supprimée ou inadaptée, les pauvres et les personnes en marge de la société, en particulier les femmes et les filles, sont les premiers à perdre leur droit à la santé et ils doivent assumer seuls les soins pour leur famille.  »

« Il est inacceptable que les riches et les grandes entreprises se soustraient à l’impôt et que le commun des mortels le paye de leur santé », s’est indignée Mme Byanyima. « Les multinationales doivent payer leur part de taxes et d’impôts, protéger les droits des employés, garantir l’égalité salariale entre les sexes et fournir des conditions de travail sans danger à tous, en particulier aux femmes. »
L’éradication de l’évasion fiscale et la mise en place d’une imposition progressive peuvent combler le manque de financements publics dans le domaine de la santé. Par ailleurs, la santé et le développement devraient être à l’abri de l’impact croissant de la dette (Art ONUSIDA 21janvier 2020)


Le patriarcat


Nous ne pouvons pas lutter contre le patriarcat sans lutter contre le capitalisme, car ils sont étroitement liés.
Le patriarcat est « La manifestation et l’institution de la domination masculine sur les femmes et les enfants dans la famille et l’extension de cette dominance sur les femmes dans la société en général » (Gerda Lerner historienne féministe).
En résumé, une société patriarcale est une organisation sociétale et juridique où l’homme est considéré supérieur à la femme. L’autorité masculine prévaut créant des iniquités entre les sexes.

Cette inégalité est entretenue par la société mais aussi par la religion. Le clergé, toute religion confondue, est là uniquement pour asseoir un asservissement. Le problème n’est pas de croire ou non en un dieu, il réside dans le fait qu’un clergé, en majorité masculin, intervienne dans la sphère publique et impose des mœurs, des lois et des obligations qui sont défavorables aux femmes. Les autorités religieuses considèrent depuis des siècles que la femme est un être faible, dépourvue de raison et source de tentations destructrices pour un homme. La femme est souvent réduite au rôle de fille, d’épouse et de mère, totalement soumise aux volontés et désirs masculins. La religion est, dans ce sens, bien utile. Nous pouvons livrer bataille un roi, un dictateur ou un État, mais nous ne pouvons lutter contre une suprématie divine, invisible, mais qui décidera après notre mort de notre destinée, nous condamnant à l’Enfer ou au Paradis, en fonction de nos actes sur terre !
Une femme qui ne suit pas les préceptes religieux est forcément soumise aux pires tortures de l’Enfer après sa mort, et ce pour une éternité. C’est pour cette raison que la laïcité fait grincer des dents. Car sans cette peur, l’asservissement est impossible !
Le patriarcat et la domination masculine ont des enjeux autre que le simple fait d’assouvir la femme. Ils permettent de faire main basse sur la seule chose que seule une femme peut faire : la procréation.
Le patriarcat permet de maintenir des taux de natalité élevés chez les riches, tout en optimisant l’investissement parental. Mais ce n’est pas le seul enjeu.
Le problème actuel n’est pas la sur-population mais le sous-peuplement des grandes puissances économiques. Pour maintenir son hégémonie, le capitalisme a besoin des conflits armés. Mais la guerre, même à l’heure actuelle, demande des bras armés. Il faut produire de la chair à canon. Dans les pays industrialisés, le contrôle des naissances par les méthodes de contraception ont diminué le taux de natalité. Qu’à cela ne tienne ! Les États post colonialistes vont imposer cette politique nataliste aux pays qu’ils avaient sous leur gouverne. Pour exemple, la France n’a jamais hésité à enrôler de force les populations de ses colonies pour les envoyer au front durant la 1ère et 2e guerre mondiale. Malgré les guerres d’indépendance et la fin des colonies, les politiques des puissances coloniales continuent de s’appliquer.

Le troisième enjeu est, bien évidemment, d’ordre économique. Le contrôle des naissances et l’augmentation de l’espérance de vie ont privé le Capital de main d’œuvre. Malgré la technologie avancée, le patronat a toujours besoin de bras pour faire tourner la machine. Quoi de mieux que des femmes et des hommes, fuyant la guerre et la misère de leur pays natal, que les entreprises vont pouvoir exploitées en les payant à bas prix, en leur imposant une cadence infernale et en les privant de leurs droits.

Le capitalisme, l’impérialisme et le patriarcat ne sont pas que l’hégémonie de l’homme blanc. L’ homme, quelque soit sa couleur de peau, participe de manière active à cette oppression contre les femmes. En Afrique Subsaharienne, l’une des conséquences de ces politiques patriarcales et capitalistes se traduisent par un accès aux soins inégalitaire.

Plusieurs facteurs rentrent en jeu :

- La pauvreté : Le recours à l’emprunt ou à la vente de biens pour financer les soins de santé est une pratique courante. La proportion des ménages ayant réglé leurs dépenses de santé par un emprunt ou la vente de biens allait de 23 % en Zambie à 68 % au Burkina Faso.
- Le manque d’infrastructures et de financement par les gouvernements : seulement 5 sur 47 pays africains ont respecté pour le moment les engagements d’Abuja, à allouer au moins 15 % de leurs budget à la santé. Il s’agit du Rwanda, du Malawi, de la Zambie et du Burkina Faso et le Togo. Par ailleurs, de nombreux efforts sont encore attendus de la plupart des pays. Ainsi, 38 % (18 sur 47 pays) consacrent encore moins de 10 % de leurs budgets à la santé tandis que 51 % (24 sur 47 pays) allouent actuellement entre 10 et 14 % de leurs budgets à la santé. (Données de 2013 fournis par l’OMS). Cela se traduit par une pénurie de personnels médicaux et paramédicaux, des centres hospitaliers insalubres, des conditions d’accueil des patient-es déplorables, des pénuries de médicaments ou de matériels médicaux…
- L’éloignement géographique : les centres de soins sont généralement situés dans les grandes villes. Les populations en zone rurale se voient donc exclus de soins au vu de la distance géographique à parcourir.
- Les croyances culturelles : Dans de très nombreuses régions, de l’Afrique Subsaharienne, une crainte existe concernant les soins médicaux. Les populations ont plutôt tendance à confier leurs problèmes de santé aux guérisseuses, sorciers ou marabout, qui incarnent des personnes de confiance avec un statut élevé.
- La religion : Les dogmes religieux interdisent aux filles et aux femmes d’avoir accès aux soins dans certains pays de L’Afrique Subsaharienne.

Cela démontre la complicité des gouvernements africains et des dominants à collaborer pleinement avec le système et à entretenir, de façon volontaire et réfléchi, les inégalités. L’absence de politiques de santé la pauvreté et le manque d’infrastructures sont des choix faits par les politiciens et les privilégiés de tout bord, qu’ils soient dictateurs, rois ou élus. Le but étant bien évidemment de laisser croître la misère afin de s’enrichir personnellement par le biais de l’exploitation.