II « Islamophobie »… Mais à quoi ce terme sert-il vraiment ?
Ardero BADWINS
Article mis en ligne le 10 janvier 2021
dernière modification le 11 janvier 2021

Le concept d’islamophobie sert les intérêts de l’islamo-centrisme.

Nasser Suleiman, définit le concept d’ islamophobie comme ayant une portée communautariste, défensive et négative. Il est à ses yeux discutable et clairement à critiquer.

Outre le fait qu’il n’est que vacuité, il traduit selon lui une attitude victimaire...

Il enfonce le clou en écrivant :

« A suivre ce concept douteux, nous serions dans le cadre d’une hostilité spécifique vis-à-vis de l’islam, une hostilité culturelle et politique traduisant un rejet indiscriminé de l’islam en tant que religion et civilisation. »

Une vision faussée, écrit-il qui « subodore que l’islamophobie serait spécifique, alors que l’histoire et les travaux d’un Edward Saïd [1] nous ont enseigné que ces problématiques relève d’abord d’un rapport biaisé entre "Orient" et "Occident", deux entités elles-mêmes reconstruites au nom d’intérêts politiques et économiques. »

une "supposée communauté" se voudrait victime absolue et éternelle.

Pour Nasser Suleiman, le concept d’islamophobie restreint les rapports d’altérité à la seule question des rapports entre musulmans et non musulmans en validant d’une certaine manière l’obsession xénophobe de l’extrême droite. Il explique qu’« en séparant cette problématique des autres effets de la mondialisation et de la mixité culturelle ou sociale, on déduit que l’interprétation culturaliste est mieux à même de comprendre, d’organiser et de définir le monde social, ce qui, à mon sens, est une pente dangereuse susceptible de nous entraîner dans la guerre des identités. »

La classification/assignation selon le seul référent « religieux » implique qu’une "supposée communauté" [qualifiée ainsi par Nasser Suleiman], encouragée par les bonnes consciences d’une certaine gauche multi-culturaliste se voudrait victime absolue et éternelle…

L’auteur précise que «  toute remise en question de cette doxa du concept d’islamophobie devient un racisme ou, pire, une trahison d’une supposée "communauté". »

Un concept, écrit-il qui « est devenu une sorte de "mot valise" susceptible de garantir une rente de situation à tous nos victimaires institutionnels. »

Une idéologie, selon l’auteur, qui « est d’abord de type islamo-centriste et qui récuse toute altérité non identifiable (sociale et culturelle). »

Nous assistons donc par cette légitimation de l’islamo-centrisme à « la mise en ordre idéologique qui ne formalise des idées qu’après avoir été préalablement sélectionnées, synthétisées, organisées dans le cadre de l’orthodoxie. »

Ce modèle idéologique favorise la réduction des représentations et des pratiques. Véritable « réduction intellectuelle qui fait d’un aspect particulier (l’islam), le facteur explicatif global de toutes les problématiques… »

Nasser Suleiman clôt son propos en se référant au regretté Alain Roussillon, qui écrivait :

« L’identité en elle-même - et partant les "crises" qu’elle traverse - n’est pas (n’est plus ?) Un objet possible pour les sciences sociales en ce sens qu’elles se révèlent, à l’usage, incapables de la construire comme objet et comme leur objet sans commettre ce péché capital des sciences sociales qui consiste à croire les acteurs sur parole et à prendre les mots pour les choses mêmes ". »

 L’extrême droite et les racistes en tout genre…

Trop heureux de mettre des « habits neufs » au concept de racisme, tous les tenants de « l’idéologie nationale se sont accommodés d’un terme à la fonction « polysémique » qui leur permet de revendiquer «  l’unique rejet des croyances de personnes et des relations et pratiques communautaires inhérentes à ces croyances , en ne faisant plus [ou de moins en moins] référence à l’idéologie nauséeuse qui s’appuie sur le postulat de l’existence de races, et considère que certaines catégories de personnes sont intrinsèquement supérieures à d’autres ».

En France, la haine anti « Arabes » -la grande majorité étant de nationalité française faut-il rappeler-, provient des rangs de l’extrême droite, de la droite extrême, de la droite radicale, en un mot de la fachosphère !

Ce sont eux qui, les premiers, firent la confusion entre d’une part l’origine et, d’autre part, le dogme religieux. Il ne s’est plus agi de bannir des personnes pour ce qu’elles sont [concepts de "races supérieures" versus "races inférieures"] mais de travestir cette réalité en nous faisant accroire que le rejet ne traduit qu’un rejet de « la pertinence de ce que des personnes pensent ou croient » !

Une confusion ou un amalgame qui entraîna à l’opposé, par un effet miroir, un positionnement « islamophile ». Ce dernier, aussi douteux et fallacieux que son antonyme, ne s’embarrasse aucunement de rectitude idéologique, en déclarant « musulmans » équivalant à « Arabes », ou bien « Maghrébins » équivalant à « Arabes ».

Errements idéologiques qui ne peuvent conduire qu’à quelques questions concernant les champs de définition.

・Est-il, en effet, question de pratiquants, de non-pratiquants, d’un peu pratiquants, de pratiquants conjoncturels, qui feraient semblant, dans un contexte familial qui les "oblige" ?
・Un « Arabe » ne pourrait-il pas être catholique ou déiste ? Ne pourrait-il pas refuser les dogmes religieux, être athée, non-croyant au sens large ?
・Les « islamophiles » pensent-ils que les « discriminations sociales » seraient plus dures à encaisser pour un koufar (mécréant) ou un non pratiquant que pour un musulman avéré ?
・Et enfin, est-il encore possible à des êtres humains d’échanger entre eux, sans que les censeurs idéologiques ne viennent fixer des identités prédéfinies sur leurs fronts ?
Il paraît nécessaire de réaffirmer ici qu’une religion n’est en rien génétique !
Quant au fait d’éviter de répondre aux quelques questions soulevées plus haut revient à entretenir une confusion bien légère et mensongère. Une confusion toute aussi fallacieuse, quand il est question d’une identité entre « islamophobie » et « antisémitisme ».
En effet, « Juifs » désignent à la fois les croyants et le peuple.
De la même manière que sous l’emprise de la monarchie et du Vatican, « français » était égal à « catholiques », pendant des siècles les deux assertions contenues dans « Juif » désignaient de manière indistincte les mêmes personnes.
Ainsi, jusqu’au 19ème siècle il y avait un antijudaïsme catholique basé sur « les juifs meurtriers du Christ ». Cela évolua, quand beaucoup de « juifs » choisirent l’assimilation ou quittèrent leur communauté, en s’émancipant plus ou moins de la religion… Mais, à la différence de ceux qui s’émancipèrent de la religion catholique ou protestante, les Juifs même émancipés seront toujours considérés par les autres comme des juifs. C’est à cette occasion que va naître l’antisémitisme, la haine d’un peuple dans son ensemble et « pas seulement la dimension religieuse ».
Rappelons que S. Freud , A. Einstein , K. Marx , L. Trotski [L.D. Bronstein], Voline [V. M. Eichenbaum], E. Goldman , A. Berckman étaient des juifs athées. B. Spinoza , panthéiste, fût excommunié et banni (herem) par les religieux !
Le concept d’« Islamophobie », nous l’avons vu, étant, dans sa dimension langagière, une polysémie, nous assistons à un détournement des sens qui fait naître une alliance objective entre d’une part, celles et ceux qui dénoncent les extrémistes de droite et, d’autre part les islamistes radicaux qui en font un prétexte tendant à donner un sens à leur croisade et justifier leurs dérives meurtrières…
 Dans le contexte analysé ici, La « laïcité » a, elle aussi, opéré une dérive. Deux dérives serait-il plus exacte d’écrire !
• La première, portée par tous les partisans du « rejet de tout esprit confessionnel », tend à la réduire au traitement égal des religions. Ils/elles veulent faire de la liberté religieuse le premier critère de la liberté de conscience et à faire reconnaître par l’État le rôle spécifique des religions dans la formation des identités et des communautés.
• La seconde, portée aujourd’hui par les adeptes de droite et d’extrême-droite propose les habits neufs d’une laïcité virulente, autoritaire, qui rejette la seule religion musulmane, masquant ce faisant le discours raciste tenu jusque là… Ces adeptes cherchent à interdire les manifestations de la religion musulmane dans tout l’espace public et à étendre le principe de la neutralité confessionnelle de l’État à toute la société civile.
S’il est incontestable d’affirmer que le « racisme anti Arabe  » existe bel et bien, il est tout aussi incontestable d’écrire que, sa conversion [avatar] en « racisme antimusulman , comporte en elle tous les germes inopérants d’un dilettantisme politicien… »
Par l’intermédiaire d’un escamotage tant linguistique qu’idéologique, toute contestation de l’islam -y compris celle qui émane des athées et des militant-e-s contre toutes les dominations religieuses- devient dans ce contexte, et de manière mécanique, suspecte et se voit assimilée à du « racisme »...
Il est là le piège sémantique tendu par les tenants d’un islam politique, dans lequel tombent pas mal d’antiracistes.
Il s’agit donc, pour ceux qui sont attachés au « droit au blasphème » et qui s’inquiètent du « recul de la raison » au profit des religions et du détournement politique, voire terroriste de l’islam, de déclarer impraticable ce terme/concept, terme qui tend à se résoudre dans l’équation « Islamophobe = raciste ».