Robocratie : gouvernement par les robots
Article mis en ligne le 4 juin 2021
dernière modification le 6 juin 2021

Le grand géographe voyait juste, nous sommes entrés en robocratie, c’est un fait. Nous, humains commençons à penser, décider, agir, nous émouvoir conformément à des décisions prises par des robots [1]. Consciemment ou non, de notre plein gré ou sous la contrainte, nous sommes chaque jour plus nombreux à obéir à un nombre toujours plus important de ces artefacts animés, toujours plus autonomes, toujours plus efficaces et qui servent aveuglément les intérêts de leurs propriétaires ; pour l’instant. La robocratie est un obstacle majeur à l’avènement de sociétés justes et autonomes telles que les proposent les anarchistes.

L’entrée en robocratie est graduelle.

Les robots sont d’abord contrôlés par les humains qui les possèdent et leurs délèguent un nombre croissant de décisions ainsi que l’exercice de l’autorité ou de la violence. Pour plus de commodité, les modalités du contrôle évoluent et se font toujours plus indirectes, déléguant aux robots des objectifs plus abstraits, plus vagues, comme on passe des opérations à la tactique puis de la tactique à la stratégie. On entrevoit alors la possibilité d’un renversement : passé un certain niveau d’autonomie, les robots n’obéiraient qu’à eux-mêmes devenant alors leur propre fin ; une fin que nul humain ne peut imaginer. Ce basculement historique serait celui de la robocratie pleine et entière rejoignant l’étymologie du terme : le gouvernement par les robots. Alors, ils dictent et imposent leur loi aux humains, s’il en reste. Il en restera certainement, dont certains en résistance, nous en sommes déjà.

À ce stade de la robocratie, de nombreuses interrogations prennent forme, d’ordre anthropologique, économique, politique, et militaire. Et celle-ci qui nous occupe ici : à qui appartiendra le pouvoir sans cesse croissant que les sociétés de robots accumulent ? Qui le contrôlera et peut-il s’autonomiser ? Enfin, comment évoluera le rapport de force entre robots et humains ? Aujourd’hui et demain. Demain, c’est à dire dans 5, 10, 20, 50, 100 ou mille ans.

L’histoire bien sûr n’est pas écrite, et l’horizon robocratique n’est pas encore une certitude ; il est toutefois devenu nécessaire de l’envisager dès maintenant, de le comprendre et de nous organiser afin de l’empêcher.

L’histoire n’est pas écrite. Alors prenons la plume, pour commencer… puis faisons là !