Infox
Article mis en ligne le 23 juillet 2021
dernière modification le 24 juillet 2021

Face au succès de l’expression anglo-saxonne « fake news » popularisée par Donald Trump et diffusée sur les réseaux sociaux ou autres médias francophones, un avis de la Commission d’enrichissement de la langue française recommandait l’emploi du terme « infox » (Journal officiel de la République française, 4 octobre 2018)

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Contraction des mots « information » et « intoxication », ce néologisme peut également être remplacé, selon le contexte, par « information fallacieuse » ou d’autres synonymes que l’on peut trouver par exemple dans la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse comme les « nouvelles fausses, pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers ». Pour mémoire, l’attentat commis par un jeune anarchiste le 9 décembre 1893 – une bombe à clous est jetée dans la Chambre des députés pour mieux « hâter l’avènement de l’ère nouvelle » – conduira à l’adoption des lois scélérates restreignant sévèrement la liberté d’expression (Jean Maitron et Anne Steiner, « Auguste Vaillant », Dictionnaire des anarchistes).

En promouvant l’usage d’« infox », la commission mentionnée plus haut se réjouissait de « soutenir la création d’un néologisme susceptible de plaire au grand public ». Mais est-ce bien le cas ? Certes, des revues telles qu’Hermès ou Les Temps modernes avaient employé ce terme à la suite du quotidien français de référence... Or, dans un entretien avec Béatrice Kammener, le sociologue Jeremy Ward soulignait les problèmes posés aux sciences par ce vocable nouveau : « L’idée d’infox contribue à délégitimer toute forme de critique adressée au consensus médical, même lorsque celle-ci fait preuve d’une réelle volonté de se placer à l’intérieur du monde de la science. En réunissant sous un même terme des démarches radicalement différentes du point de vue du rapport à la science, le terme ‘infox’ ne fait enfin que renforcer, au lieu de l’apaiser, la polarisation des points de vue » (Sciences humaines, décembre 2018).

Ainsi, la crise révélée par la pandémie de COVID-19 a confirmé cette analyse, alors que le gouvernement français a suscité des craintes légitimes en mettant en service, pour quelques jours de trop, une rubrique intitulée « Désinfox Coronavirus » et qui, selon la porte-parole Sibeth Ndiaye aurait « malheureusement été mal compris ».

Rappelons-nous la leçon inculquée par O’Brien à un Winston Smith qui ne voulait pas comprendre : « Ce que le Parti tient pour vrai est la vérité » (George Orwell, 1984).

Nedjib SIDI MOUSSA