Polyamour
Article mis en ligne le 23 juillet 2021
dernière modification le 24 juillet 2021

Invitée le 13 décembre 2020 sur Radio J, Marlène Schiappa s’est exprimée au sujet de l’engagement de son gouvernement contre la polygamie : « Je veux rassurer tout le monde, on ne va pas interdire les plans à trois, on ne va pas interdire l’infidélité, on ne va pas interdire les trouples, on ne va pas interdire le polyamour... »

Avec sa déclaration, la ministre déléguée chargée de la Citoyenneté a mis en lumière un terme qui s’est progressivement diffusé dans la société au cours de la dernière période, sans avoir fait son entrée dans Le Larousse ou Le Robert. Il est toutefois défini de la sorte par un site dédié à ce rapport socio-affectif : « relation sentimentale honnête, franche et assumée avec plusieurs partenaires simultanément » (polyamour.info).

Parmi ses premières apparitions en langue française, on peut relever la contribution de Stanfield Major intitulée « Qu’y a-t-il de si drôle au sujet de "Paix, Amour et Polyamour" ? », parue en 1998 dans Au-delà du personnel, un recueil de textes rassemblés par Corinne Monnet et Léo Vidal. Deux ans plus tard, dans son livre Les forcenés du désir, Christophe Bourseiller présentait le polyamour comme « de la polygamie laïque et informelle. Une tentative de codifier un comportement amoureux éclaté et libertin ».

Le début des années 2000 coïncide avec la prolifération de ce mot. Google Trends permet de constater un pic dans sa recherche en octobre 2005. L’année suivante, les sociologues Vincent Paris et Martin Blais notaient : « Partenaires multiples, échangisme, éclatement du couple, déclin de la famille nucléaire, monogamies sérielles, polyamours, etc., constituent autant de thèmes et d’orientations qui affectent de plus en plus les structures des sociétés modernes et occidentales » (Dialogue, n° 173, 2006).

Il faudra attendre quatre ans pour que la grande presse se fasse l’écho du néologisme. Luc Le Vaillant brossait le portrait de Mia Engberg, une documentariste qui ne versait pas « dans les polyamours ou les constellations neuves  » (Libération, 1er juillet 2010), tandis que Macha Séry soulignait à propos de l’infidélité que les thérapeutes lui préféraient « des néologismes gommant l’infamie ("polyamour" ou "polyfidélité") » (Le Monde, 30 octobre 2010).

En d’autres temps, on parlait d’amour libre. On peut préférer cette expression. Mais une question subsiste : au-delà de ses formes ou ses appellations d’origine contrôlée, l’amour peut-il être libéré dans une société qui ne l’est pas ?

Nedjib SIDI MOUSSA