Influenceur
Article mis en ligne le 23 juillet 2021
dernière modification le 24 juillet 2021

Le 9 janvier 2021, Le Monde rapporte que « depuis l’annonce du deuxième confinement (...) le porte-parole du gouvernement se prête régulièrement au jeu des influenceurs et répond ainsi aux questions sur le Covid-19. » Il s’agit pour Gabriel Attal de « toucher les jeunes au sens large (...) grâce à ces individus suivis par des milliers de personnes sur les réseaux sociaux. »

D’après Le Robert en ligne, un « influenceur » (« influenceuse » au féminin) est une « personne qui influence l’opinion, la consommation par son audience sur les réseaux sociaux. » Mais ce mot, qui a fait son entrée dans l’édition 2021 du Petit Larousse, est-il aussi neuf qu’il en a l’air ?

On le retrouve par exemple dès 1794 dans le Mémoire adressé par Antoine Gerboin, jeune, aux Amis de la Révolution : « Dans la délibération qui eut lieu pour ma destitution, un citoyen ayant voté pour que je fusse renvoyé à mes fonctions, un des Influenceurs sut si bien l’intimider, en lui demandant avec affectation ce qu’il entendoit par là, que ce citoyen, pour ne point s’attirer la haine de la coalition, se rétracta & vota pour ma destitution. »

Ainsi, au cours des siècles écoulés, l’influenceur n’était pas assimilé à une technologie particulière ou à un domaine spécifique mais s’inscrivait dans une interaction décrite par le sémiologue Claude Brémond : « L’exercice d’une influence implique un couple de partenaires : d’une part, l’agent influenceur ; de l’autre, un patient influencé » (Communications, 1970). Rien de plus évident.

Pourtant, au début des années 2000, on en découvre un nouvel usage lié à l’évolution des campagnes électorales qui se déploient progressivement sur internet, avec la création de blogs politiques et de carnets de bord... Mais « à côté de ces cybermilitants on trouve les influenceurs. Ces bloggueurs, devenus des références de la blogosphère française, ne sont qu’une poignée à proposer des commentaires de qualité » (Libération, 19 décembre 2006).

Or, c’est dans sa déclinaison commerciale que l’influenceur – que l’on aurait jadis qualifié d’« homme-sandwich » – s’est imposé avec les attributs qu’on lui connaît, notamment depuis la création, en 2010, du réseau social Instagram où se recrutent des « ambassadeurs de marque » afin de gagner de nouveaux clients et promouvoir des produits (CB News, 21 mai 2019).

Et il n’y a rien de surprenant à constater cette convergence d’intérêts entre nouvelles technologies, logique consumériste et propagande politique.
Nedjib SIDI MOUSSA